Posté le 20.04.2008 par candida
je viens de reposer "le ciel brûle" de Marina Tsvétaieva et j'ai un très gros souci. Evidemment, j'ai été encouragée à l'aimer avant même de la lire, à cause de Rainer Maria Rilke ou de Boris Pasternak..entre autres .Evidemment j'aurais dû lui trouver le talent de la muse féminine, comme à Lou Andréas Salomé ou à Aurore Dupin.mais non pas cette fois.
C'est pourtant bien la seule estime que j'accorde à une femme: lui reconnaitre un certain talent.Pas le talent créateur, bien sûr,ça c'est de l'ordre du génie..mais le talent d'inspiratrice et parfois celui d'interprète d'un autre génie.
La nature féminine,elle, est l'antithèse de la création artistique, elle est imbibée de sa propre chair qui l'arrime profondément au sol, elle est prisonnière de son état latent de mère.Je déteste les femelles pour leur médiocrité et leur passivité!
Je ne vois comme épanouissement possible pour une femme que l'assouvissement de sa fonction reproductrice (la mere de famille nombreuse)ou son report sur un être masculin, c'est à dire le dévouement pour cet être et une illusion de création à travers lui, ce qui induit une certaine soumission(la muse).Aucune de ces solutions ne me convient: je veux créer.
Nombreuses sont celles qui ont tenté la création et se sont retrouvées face à l'obstacle de leur nature.Leur erreur est d'avoir voulu la renier au profit d'une autre (masculine), ce qui est impossible et donc voué à l'échec, l'androgyne n'a aucun avenir.Je ne crois pourtant pas à l'immuabilité de l'essence féminine mais elle ne doit pas être abolie mais sublimée pour devenir la Femme et non l'Homme.
Je ne crois pas à la vision manichéenne du gnosticisme: travailler à détruire le corps pour libérer l'esprit. Il faudrait plutôt travailler l'esprit pour adapter le corps à sa fonction de "porte-génie".L'homme lui, possède déjà un corps adapté, il lui reste à exploiter ses ressources par et pour l'art.La femme doit déjà se reconcevoir en tant que femme.
C'est en cela que Marina Tsvétaieva est capitale: il ne lui manquait presque rien pour trouver la pierre cachée..peut être juste un peu de temps. C'est la seule femme que j'admire profondément.
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Posté le 18.04.2008 par candida
Au tintinnement roux des cloches et demi
Des spectres nébuleux glissent en corridors,
Empanachés de crins, ondines métaphores,
Rêveurs itinérants des siècles endormis.
Voilà que reparaît, douceâtre, tâtillone,
Dans l'aurore orangée d'un Veni Creator,
Quand grêlent mes amours au feu de l'athanor,
La vierge immaculée aux longs drapés d'automne.
Que n'ai-je ses langueurs gravées au creux des reins
Et de longs chapelets grappés au bord des seins
Pour étouffer la soif d'ardentes hyménées
Qui entre chien et loup fleurit en mes soupirs!
'Las, le ryhtme incarnat des lourdes mélopées
Tangue contre la nef des profanes désirs.
Posté le 18.04.2008 par candida
toujours pas passé....inquiétude.
Posté le 17.04.2008 par candida
Voilà, ça devait arriver, depuis le temps que l'on vit ensemble, notre première dispute.
Il est parti en claquant la porte et depuis je tourne en rond comme un lion névrosé.
Au moindre bruit, je me précipite, dès fois que ce soit Lui qui rentre en s'excusant. Parce que des excuses, je crois qu'Il m'en doit quelques unes!Ce ne sont pas des manières que de trahir, de blesser, de creuser soigneusement chaque plaie, d'en arracher les bandages pour éviter toute cicatrisation.Et moi pauvre idiote, moi je marche, je cours même dans chaque nouveau piège, je me jette dans chaque bataille..perdue d'avance, refusant d'admettre que j'ai perdu, qu'Il est plus fort.La partie sera longue jusqu'à l'echec et mat et j'ai déjà sacrifié beaucoup de pièces..c'est qu'Il est fin stratège!
Garder le cavalier..coûte que coûte, rester en selle.La reine est tombée depuis longtemps déjà et la tour tremble sur ses bases, il me reste le fou.Garder le cavalier, je rumine..deux en avant , un sur le côté, retour en arrière, garder le cavalier!
Je ne sais pas faire de concessions et tant pis pour les coups, tant pis si mon bras commence à fatiguer, si mon coeur s'use contre Lui(pour Lui!).Je ne veux pas aimer à moitié :j'ai tout donné ou plutot j'ai tout laissé prendre...et Lui, Il a tout piétiné, tout couvert de sang, tout brûlé.C'est une goutte de sang de trop...
Je ne veux plus me résigner, et si Job fut trop humain pour accepter des compensations ,moi je veux faire payer cher chaque pièce que j'ai perdue.
Demain j'aurais changé d'avis, j'aurais baissé les bras.Je profite de ma colère pour essayer de ne pas oublier trop vite: ce soir je ne veux pas pardonner et si je croise Dieu devant ma porte, je Lui fous mon poing dans la gueule.
Posté le 30.03.2008 par candida
Vous connaissez, bien sûr, l'histoire de Narcisse ..mais peut être pas sa fin.
Et puis, peu importe, j'ai envie de la raconter, c'est bien suffisant comme raison.
//Narcisse était un jeune homme d'une beauté prodigieuse (plus beau que Rimbaud, si si) pour qui tout le monde se mourait d'admiration. Un jour, se penchant sur les eaux d'un lac, il y vit son reflet et en tomba amoureux.Dès lors, son image le hanta et il n'eut de cesse de venir la contempler au bord du lac. Les nymphes ,qui s'étaient éprises de sa beauté, l'observaient chaque jour et désespéraient qu'il les regardât ne serait -ce qu'une fois..mais Narcisse ne voyait que lui-même.
Un matin, s'étant penché sur l'onde comme à son habitude, il tomba à l'eau et se noya.
A cet endroit poussa une fleur d'une rare beauté qui porte son nom.//
Jusque là en principe, vous connaissez..voilà la suite:
//Inconsolables,les nymphes vinrent demander au lac de leur parler de Narcisse:
¨Ô lac, toi qui voyais si souvent Narcisse, raconte nous sa beauté!
- Narcisse était donc beau?
- Qui mieux que toi peut le savoir puisque c'est sur tes eaux qu'il venait se pencher chaque jour!
-Oui, mais dans les yeux de Narcisse, c'est mon propre reflet que je contemplais..si bien que je n'avais pas remarqué que Narcisse était beau...//
Je ne sais pas pourquoi,j'aime beaucoup cette histoire...
Posté le 19.03.2008 par candida
Comme nous rêverons sous le saule argentin,
A l'heure où les embruns portent la sombre moire,
Les refrains enfiévrés qui hantent ma mémoire
Voileront en piaffant vos lèvres de carmin.
Il vous plaira, au soir, d'arpenter les chemins
Qui roulent vers Byzance en long réquisitoire
Et d'en conter alors les mille et un miroirs,
Safranant de soleil vos sourires mutins.
Combien vous charmeront ces villes coiffées d'or,
Les marchés alitant les fragances d'Angkor,
Où la hourie, enfin, chavire en pas de danse
Ses hanches amphorines attisant vos désirs.
Vers l'Orient glissera votre coeur en partance,
Vers l'Orient, vers l'Orient languiront mes soupirs.
Posté le 17.03.2008 par candida
Je ne sais pas si vous vous souvenez de ces chansons anciennes qui ont bercé votre enfance, celles qui gardent un parfum de tendresse incomparable, celles qu'on fredonne encore les soirs d'automne et qui nous nourrissent de nostalgie.Parmi toutes celles qui me reviennent en mémoire, il en est une pour laquelle j'ai une affection particulière.
COMPLAINTE DU ROI RENAUD
Le roi Renaud de guerre revint
Tenant ses tripes dans ses mains.
Sa mère est à la tour en haut
Et voit venir son fils Renaud.
"Renaud, Renaud, réjouis-toi,
Ta femme est accouchée d'un roi"
"Ni de ma femme, ni de mon fils
Mon coeur ne peut se réjouir;
Je sens la mort qui me poursuit,
Mère, faites dresser un lit
Mais faites-le dresser si bas
Que ma femme n'entende pas.
Guère de temps n'y dormirai,
à minuit je trépasserai"
Et quand ce fut vers la minuit
Le roi Renaud rendit l'esprit.
Ce ne fut pas soleil levé
Que les valets l'ont enterré.
Sa femme en entendant le bruit
Se mit à gémir dans son lit:
"Ô dites-moi, ma mère, ma mie
Ce que j'entends cogner ici"
"ma fille c'est le charpentier
Qui racommode l'escalier"
"Ô dites-moi, ma mère, ma mie
Ce que j'entends chanter ainsi"
"Ma fille, c'est la procession
Qui fait le tour de la maison"
"Ô dites-moi, ma mère, ma mie
Ce que j'entends pleurer ainsi"
"Nos gens en baignant nos chevaux
Ont laissé noyer le plus beau"
"Mais dites-moi, ma mère, ma mie
pour un cheval pleurer ainsi!
Quand le roi Renaud reviendra
Plus beau cheval ramènera"
"mais dites-moi, ma mère, ma mie
Ce qui vous fait pleurer aussi"
"Ma fille je ne puis le cacher,
Renaud est mort et enterré"
"Ma mère dites au fossoyeux
Qu'il creuse la tombe pour deux
Et que le trou soit assez grand
pour qu'on y mette aussi l'enfant;
Terre fends-toi, terre ouvre-toi
Que j'aille rejoindre mon roi"
Terre fendit, terre s'ouvrit
et ci la belle fut engloutie.
Posté le 17.03.2008 par candida
Rien ne trouble l'aval de l’attente qui geint,
le caveau qui ,secret, fatigué d’espérance,
fend la terre inutile en des brouillons d’errance,
Le Cœur sitôt vêtu de son plus blanc jardin.
Comme l’on marche fou de la nuit au matin
Pour découvrir ,ému, l’aube rouge en avance
Et qui tarde et qui traîne, et qui tarde en silence.
- aspirant – Ô Divin, le rayon assassin !
Comme mirons, muets, les ombrageux nuages,
Ceux-là qui partent loin en de tendres orages ;
Comme le temps lui-même prône un jour son repos,
Pareille aux vents toujours insoumis à Cassandre
J’attendrai votre lèvre à la mienne ,sans mots,
Dont les cieux ,non, jamais n'égaleront une cendre.
Posté le 17.03.2008 par candida
Quand crissent les sombres ébènes,
Les cuivres lourds et les écrins,
Quand dorment en rond les fontaines
Tapies au creux de nos jardins,
Quand court sous le doigt musicien
Le fil de soie à l'ombre folle,
A corps perdu, le coeur étreint
S'entend le chant du rossignol.
Et sous les aulnes embrumés
la mélancolie assoupie
Au sein de la glaise brunie
Enfouit l'onde où j'ai passé.
Le vent long hurle à grand chagrin
Les râles des morts éveillés
Et leurs yeux pâles, blêmes d'étés
Crèvent sous la sève des pins.
Posté le 17.03.2008 par candida
Il est de ces écrivains qui de leur vivant n'éveillèrent l'intérêt de leurs contemporains que par les sursauts d'indignation qu'ils provoquèrent mais dont l'oeuvre poétique passa directement aux oubliettes. Il est de ces écrivains dont on ne connaît le nom qu'à travers la critique d'autres auteurs plus fréquentables..il est de ces écrivains que plus personne ne lit et qu'on relègue au rang de la médiocrité par habitude.
Il est de ces écrivains dont Sainte-Beuve pourrait être la tête de file.
Loin de moi l'idée de réveiller la vieille querelle à propos de la méthode de SB en tant que critique littéraire.Le seul hic qui m'indispose à ce sujet est l'adhésion massive voire quasi totale des universitaires à la "descente" de Proust.
Premièrement, il me semble que la technique évoquée par SB est très loin d'être aussi simpliste que ce qu'a voulu laisser penser M. Proust.Il ne s'agit en effet nullement de prétendre expliquer une oeuvre par la vie de son auteur et donc de pouvoir allègrement condamner les écrits d'untel à travers une critique de son comportement mais de retracer grâce à des éléments biographiques "l'histoire de tel homme en tant qu'auteur".
Ce n'est pas l'écrivain qui est au centre de la réflexion de SB, c'est la GENESE de l'Oeuvre qui s'articule notamment autour de la rédaction du premier chef d'oeuvre, considéré ici comme carrefour de causalités.
Deuxièmement, la réflexion de SB n'exclut pas l'existence d'une dissonance entre l'homme créateur et l'homme social que revendique Proust (le fameux "un livre est le produit d'un autre moi que celui que nous manifestons dans la société").
Cela dit, et c'est ici que je rejoins SB,la biographie d'un auteur est nécessairement une des "causalités" du carrefour.Si pour Proust une analyse se doit de se borner à l'aspect technique, alors je ne conçois plus d'Art en tant qu'expression et le Parnasse devient l'ultime réalisation.Pardonnez mon pragmatisme mais je ne conçois pas d'intellectualisation du Beau,c'est empiéter sur le spirituel.En poésie, comme en peinture ou en musique, c'est le corps qui parle au corps. La transcendance est l'affaire de Dieu et de Bach.
Enfin, ce que je reproche à M.Proust, bien que ce ne soit pas le fruit de sa volonté, c'est d'avoir à travers son "contre Sainte-Beuve" fait oublier le poète pour ne garder que le critique.Et quel poète!